Bonheur du jour ‘aux ustensiles’

Par Charles TOPINO

Epoque Transition Louis XV-Louis XV

Petit bureau dit « Bonheur du jour » à gradin de forme rectangulaire en marqueterie dite « aux ustensiles » sur un fond de bois violet dans des entourages de bois de rose.

Le gradin, à retrait, présente une niche centrale encadrée par deux petits casiers à vantaux marquetés de vases aux fleurs épanouies en bois clair et teinté vert sur un fond de bois de violette. Il est sommé d’une galerie à découpe mouvementée marquetée d’ustensiles en bois clairs et ébène sur un fond de bois violet, et bordé d’un liseré de bois de rose. La partie inférieure ouvre à un long tiroir central avec de part et d’autre un plus petit tiroir aux motifs de fleurettes. L’ouverture de ces tiroirs est conditionnée par un mécanisme secret situé à l’intérieur de chaque casier de la partie supérieure.

Le plateau à découpe de forme contournée ceint de sa lingotière en bronze doré est orné de divers motifs tels cartes à jouer, flacons, urne, encrier.

La ceinture également mouvementée contient la tablette écritoire pouvant être relevée. Elle découvre ainsi deux petits compartiments. Elle est garnie d’un cuir de couleur vert tendre doré aux petits fers.

Le décor des parties latérales décline des motifs similaires,  thème aux « ustensiles » cher à TOPINO. Il est caractéristique de son art.

L’ensemble repose sur quatre hauts pieds cambrés réunis par une entretoise à la marqueterie de pinceaux, vase fleuri, tasse et théière. Ils sont terminés par de fins sabots en bronze ciselé et doré.

Une sobre ornementation de bronzes ciselés et dorés, tels entrées de serrures ajourées, boutons de tirage aux trois tiroirs, lingotière et sabots engainants à griffes et feuillagés s’efface pour magnifier la particularité du décor en marqueterie. Notons par exemple l’absence de galeries superflues de bronzes en chute aux amortissements des montants antérieurs. Le bronze a laissé place à un pan coupé et rentrant architecturant le style Transition.

Rappelons également l’engouement au XVIII° siècle pour l’Orient, ainsi que pour les nouvelles boissons à la mode comme le thé, le café ou le chocolat. Ces ustensiles employés avec une marqueterie d’une stylisation naïve reprennent aussi les thèmes des encadrements des panneaux de laque de Coromandel. Ils évoquent également les activités du quotidien, car étant destiné aux dames, le bonheur du jour leur permettait d’y serrer papiers, courriers, rubans et bijoux.

Par Charles TOPINOTrace d’estampille

Epoque Transition

  • Restaurations d’usage et d’entretien
  • Bronzes  non redorés
  • Meuble reverni au tampon

Dimensions :
– Hauteur : 107 cm
– Largeur : 71 cm
– Profondeur : 40 cm

CONCORDANCES :
– Un bonheur du jour similaire est représenté page 843 dans l’ouvrage de Pierre KJELLEBERG, ill. D  mais qui ne comporte pas de lingotière et dont l’entretoise est évidée1.
– Un autre bonheur du jour est représenté dans l’ouvrage de référence in Les cahiers du Mobilier par Sylvain BARBIER SAINTE MARIE consacré à cet ébéniste  – celui-ci également n’est pas ceint d’une lingotière mais sa table d’entretoise est rectangulaire et marquetée. 2
Ce très bel ouvrage nous fait découvrir l’œuvre de ce Maître par une étude actuellement exhaustive. D’une lecture très agréable, il devrait avoir sa place dans la bibliothèque de chaque amateur de l’art du mobilier du dernier tiers du XVIII° siècle.
– Un corpus de l’art de Charles TOPINO est également étudié dans l’Estampille, l’Objet d’Art n° 340, Charles Topino, Maître ébéniste et entrepreneur fécond, octobre 1999, ed. Faton, Dijon.

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Charles TOPINO :

Compagnon ébéniste le 14 mai 1770 par son acte de mariage, Charles TOPINO sera reçu à la maîtrise le 17novembre 1773.

Etabli à Paris dès 1745, sa réputation en France comme à l’étranger lui apporte, outre sa clientèle particulière, une importante clientèle professionnelle des marchands-merciers et surtout de ses confrères ébénistes. Parmi ceux-ci, certains sont de grandes renommés comme TUART, PELLETIER, HERICOURT, BOUDIN, MIGEON, DENIZOT. Par l’intermédiaire de cette clientèle, il a été également fournisseur de la Couronne.

Sa marqueterie dite « aux ustensiles » est un unique exemple d’ébénisterie. Cependant, le corpus décoratif de Charles TOPINO s’inscrit également dans des marqueteries de paysages comme, les scènes d’inspiration chinoise, antiquisantes, cynégétiques, villageoises ou pastorales. Il développe également des marqueteries de guirlandes et de bouquets, ou encore des décors géométriques ou en placage unique.

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Il a donc réalisé des marqueteries très recherchées, outre celles volontairement stylisées, qui sont sa signature. Sa production reste un témoignage du goût du dernier tiers du XVIII° siècle.
Un esprit léger et poétique est donc le reflet de son art.

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Les plus grands musées européens et internationaux peuvent s’enorgueillir de présenter l’œuvre de Charles TOPINO dont les Etats-Unis, le Canada, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède, la Suisse, ou encore de nombreuses collections privées.

FRANCE :                                     

  • – Paris, Arts décoratifs       
  • – Paris, Musée du Louvre       
  • – Paris, Musée Cognacq-Jay        
  • – Paris, Nissim de Camondo       
  • – Paris, Mobilier National               
  • – Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa Ephrussi       
  • – Versailles, Lambinet
  • – Versailles, Château
  • – Rouen, Musée des Beaux Arts
  • – Lyon, Musée des Arts décoratifs

ETATS-UNIS :                 

  • – New-York : Metropolitan Museum of Art
  • – Washington : Hillwood Museum
  • – Baltimore : The Baltimore Museum of Art
  • – Detroit : The Detroit Institute of Art
  • – Saint-Louis : Saint-Louis Art Museum
  • – Pittsburg : Carnegie Museum of Art


COLLECTIONS PARTICULIERES :

  • – Collection duc de Bedford
  • – Collection Dutasta
  • – Collection Espirito Santo
  • – Collection Rothschield
  • – Château de Mentmore
  • – Collection Dubain Chefdebien

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[1][1] KJELLBERG, Pierre, Le Mobilier français du XVIII° siècle, Ed de l’Amateur, Paris, 1998

[1][1] BARBIER SAINTE MARIE, Sylvain, Charles Topino, circa 1742-1803, Ed Amateur/Perrin 2005, 168 pages